Acadiens d'hier et d'aujourd'hui à Saint-Suliac

Pourquoi, chaque année, des Canadiens, plus précisément des Acadiens, viennent-ils en pèlerinage à Saint-Suliac ? Pour commémorer le passage de leurs ancêtres dans ce petit village des bords de Rance. L’association du Patrimoine de Saint-Suliac en a accueilli deux groupes en 2024.

Les premiers Acadiens étaient des colons français originaires d’Anjou, du Poitou, de Touraine, Normandie ou Bretagne. Au XVIIe siècle, ils ont émigré en Nouvelle-France (une région du Canada actuel) dans l’espoir d’y trouver de meilleures conditions de vie. Ils se sont notamment établis au sud-est du fleuve Saint-Laurent, en Acadie, une région dont le nom évoque l’Arcadie, pays symbole de l’âge d’or dans la Grèce antique.

En 1713, à l’issue d’un des nombreux conflits qui opposèrent la France et la Grande-Bretagne, l’Acadie, pro- vince française, devient anglaise. Quelques années plus tard, les Anglais exigent des Acadiens qu’ils prêtent allégeance au roi d’Angleterre. En 1755, ceux qui refusent sont déportés vers les colonies américaines des Britanniques ou vers l’Angleterre. C’est le Grand Dérangement.

Certains Acadiens fuient au Québec, mais beaucoup sont « rapatriés » dans des conditions dramatiques vers la France. Nombreux sont ceux qui périssent pendant la traversée de l’océan Atlantique. La plupart des survivants (environ 2000) débarquent à Saint-Malo en 1758 et sont accueillis dans 36 paroisses de la vallée de la Rance.

Saint-Suliac : seulement une étape

Ainsi, pendant 15 ans – de 1759 à 1774 –, 111 familles acadiennes, soit environ 380 personnes vivent à Saint-Suliac, qui comprend alors la Ville-ès-Nonais. Certaines de ces familles partiront dès 1765 pour Belle-Île- en-Mer ; les autres quitteront Saint-Suliac pour le Poitou en 1774, où des terres et des habitations leur seront attribuées. Beaucoup d’Acadiens du Poitou, que leur nouvelle vie ne satisfait pas, veulent retourner en Amérique. Ils quittent leurs fermes dès 1775 pour Nantes, où ils resteront dix ans, dans l’attente d’un embarquement pour la Louisiane. Alors, installés dans leur nouvelle patrie, ils deviendront des Cadiens, les Cajuns d’aujourd’hui. Ce sont les descendants de cette diaspora et ceux qui résistèrent à la colonisation anglaise en Acadie qui viennent chaque année à Saint-Suliac sur les traces de leurs ancêtres.

Que savons-nous de ces Acadiens de Saint-Suliac ?

Aucun d’eux n’a fait souche. Il n’y eut pas de mariages entre Acadiens et Suliaçais. Les registres paroissiaux révèlent que 80 Acadiens sont morts à Saint-Suliac durant cette période et que 26 de leurs enfants en bas âge sont inhumés sous la dalle du porche de l’église avec des petits Suliaçais. Et c’est la raison pour laquelle leurs descendants viennent se recueillir sous le porche de l’église.

Aimé Lefeuvre, l’un des derniers Terre-Neuvas de Saint-Suliac, connaissait cette histoire émouvante et il est en partie à l’origine du souvenir des Acadiens qui se perpétue dans le village. Où habitaient les Acadiens ? Travaillaient-ils la terre ? Quels étaient leurs métiers ? Quelles relations entretenaient-ils avec les Suliaçais ? Pour tenter de répondre à ces questions, le Groupe Histoire de l’association du Patrimoine de Saint-Suliac poursuivra les recherches entreprises, afin de rendre hommage à leur mémoire.

Parmi les Acadiens arrivés à Saint-Suliac en 1759, certains repartent dès 1765 pour Belle-Île ; les derniers quitteront Saint-Suliac pour le Poitou en 1774. Quelques-uns finiront par regagner l’Amérique en 1785 et s’implanteront notamment en Louisiane. Les autres se fixeront en divers endroits, par exemple, à Saint- Pierre et Miquelon.

En septembre 2024, des Acadiens sont venus honorer la mémoire de leurs ancêtres et ont déposé des roses sur le banc de pierre du porche de l’église, autant de fleurs que de petits Acadiens inhumés sous la dalle du porche.